L’Atlantique livre ses derniers secrets : la reddition des U-Boote nazis rĂ©vèle une technologie de pointe et une cargaison atomique.
La capitulation de l’Allemagne nazie en mai 1945 n’a pas marquĂ© la fin immĂ©diate des combats en mer. Des centaines de sous-marins U-Boot sillonnaient encore les ocĂ©ans, leurs Ă©quipages ignorant parfois la dĂ©faite. Dans le chaos, des commandants tentèrent de les saborder pour les soustraire Ă l’ennemi.
Sur les 1 156 U-Boote construits, seuls 156 Ă©taient encore intacts pour se rendre. Lorsque les Ă©quipages hissèrent le drapeau blanc, les forces alliĂ©es se prĂ©cipitèrent Ă bord. Leurs dĂ©couvertes Ă l’intĂ©rieur de ces prĂ©dateurs d’acier allaient stupĂ©fier le monde et réécrire l’histoire technologique de l’après-guerre.
L’amiral Karl Dönitz, successeur d’Hitler, ordonna par radio la reddition immĂ©diate de chaque sous-marin. Plus de 150 U-Boote firent surface Ă travers l’Atlantique Nord, naviguant vers des ports alliĂ©s sous escorte aĂ©rienne. Ce spectacle surrĂ©aliste sonnait le glas de la redoutable Kriegsmarine.
Pourtant, nombreux furent les Ă©quipages qui refusèrent de livrer leur navire. Environ 238 U-Boote furent dĂ©libĂ©rĂ©ment coulĂ©s par leurs propres hommes. D’autres tentèrent des fuites dĂ©sespĂ©rĂ©es, comme le U-530 et le U-977 qui gagnèrent l’Argentine plusieurs mois après la fin des hostilitĂ©s.
Les Ă©quipes d’abordage alliĂ©es se mirent aussitĂ´t au travail dans les entrailles Ă©troites des sous-marins. Elles saisirent des machines Enigma, des livres de codes, des journaux de bord et des torpilles. L’odeur du diesel et des vivres de rationnement tĂ©moignait des longues patrouilles.
Les experts dĂ©couvrirent avec stupĂ©faction une technologie rĂ©volutionnaire. Les modèles de type XXI, dits “Elektroboote”, possĂ©daient des coques hydrodynamiques, des batteries Ă grande capacitĂ© et un schnorchel perfectionnĂ©. Ces innovations les plaçaient des annĂ©es en avance sur tous les sous-marins existants.
Mais le choc ultime vint de la cargaison secrète d’un submersible en particulier. Le U-234, un gigantesque transport de type XB en route pour le Japon, se rendit aux AmĂ©ricains le 14 mai 1945. Son chargement allait devenir lĂ©gendaire.
Les marins amĂ©ricains dĂ©couvrirent plus de 240 tonnes de matĂ©riel de pointe. Parmi ce trĂ©sor se trouvaient les plans d’un avion Ă rĂ©action Messerschmitt Me 262, une bombe planante Henschel Hs 293, des torpilles Ă©lectriques et des barils de mercure.
L’Ă©lĂ©ment le plus saisissant Ă©tait une caisse contenant 560 kg d’oxyde d’uranium. L’Allemagne nazie tentait ainsi, Ă la veille de sa chute, d’approvisionner le programme nuclĂ©aire embryonnaire de son alliĂ© japonais. Cette dĂ©couverte fut immĂ©diatement classĂ©e top secret.
Deux officiers japonais prĂ©sents Ă bord, le commandant Hideo Tomonaga et l’ingĂ©nieur Genzo Shoji, se suicidèrent plutĂ´t que d’ĂŞtre capturĂ©s. Leur geste soulignait l’importance stratĂ©gique de cette mission ultime entre les deux puissances de l’Axe.
Le U-234 fut conduit Ă Portsmouth, aux États-Unis, oĂą sa cargaison fut analysĂ©e. Le sort exact de l’uranium reste nĂ©buleux, alimentant des spĂ©culations sur une Ă©ventuelle utilisation dans le projet Manhattan amĂ©ricain.
Les U-Boote arrivĂ©s en Argentine, le U-530 et le U-977, dĂ©clenchèrent quant Ă eux une vague de rumeurs extravagantes. La presse Ă©voqua la fuite de hauts dignitaires nazis, d’or ou d’armes secrètes pour un “Quatrième Reich”.

La rĂ©alitĂ©, Ă©tablie par des interrogatoires serrĂ©s, fut plus prosaĂŻque. Les capitaines Otto Wermuth et Heinz Schäffer avaient simplement cherchĂ© Ă Ă©viter une captivitĂ© sĂ©vère. Ils n’avaient Ă bord ni trĂ©sor ni passager clandestin, seulement l’Ă©quipement standard d’un U-Boot en patrouille.
Face Ă cette flotte capturĂ©e, les AlliĂ©s lancèrent l’opĂ©ration “Deadlight”. Son objectif Ă©tait simple et radicale : se dĂ©barrasser de la majoritĂ© des U-Boote en les coulant en eau profonde. Seule une trentaine d’unitĂ©s fut conservĂ©e pour Ă©tude.
De novembre 1945 Ă fĂ©vrier 1946, la Royal Navy remorqua plus d’une centaine de sous-marins au large de l’Irlande. Les conditions hivernales furent impitoyables ; 56 U-Boote coulèrent avant mĂŞme d’atteindre la zone de sabordage dĂ©signĂ©e.
Les autres furent envoyés par le fond sous les obus des destroyers ou les bombes de la Royal Air Force. En quelques mois, 116 épaves rejoignirent les abysses, mettant un terme définitif à la menace sous-marine allemande.
Les modèles les plus avancĂ©s, comme le Type XXI, furent partagĂ©s entre les vainqueurs. L’Union soviĂ©tique s’en inspira directement pour concevoir sa propre flotte sous-marine d’après-guerre, jetant les bases d’une nouvelle course aux armements.
Aujourd’hui, quelques Ă©paves de l’opĂ©ration “Deadlight” ont Ă©tĂ© localisĂ©es par des archĂ©ologues sous-marins. Reposant par plus de cent mètres de fond, elles forment un cimetière silencieux et poignant, capsule temporelle d’une guerre rĂ©volue.
Quelques rares U-Boote ont échappé à la destruction. Le U-505, capturé en 1944, est exposé à Chicago. Le U-995 est un musée à Laboe, en Allemagne, permettant aux visiteurs de ressentir la claustrophobie des équipages.
Le U-534, renflouĂ© en 1993, a livrĂ© ses secrets sans rĂ©vĂ©ler d’or cachĂ©, seulement le quotidien brut de la guerre sous-marine. Ces reliques sont les derniers tĂ©moins d’une arme qui faillit changer le cours de la bataille de l’Atlantique.
Les 156 U-Boote qui se rendirent en 1945 livrèrent bien plus que leur coque. Ils offrirent aux AlliĂ©s un bond technologique dĂ©cisif en pleine gestation de la Guerre Froide. Leur histoire finale est moins celle d’une dĂ©faite que celle d’une transmission forcĂ©e de savoirs.
La dĂ©couverte la plus troublante, celle de l’uranium Ă bord du U-234, rappelle avec une froideur glaçante Ă quel point la course Ă l’arme atomique fut mondiale et acharnĂ©e. Un demi-tonne de ce matĂ©riau stratĂ©gique voguait vers le Japon alors mĂŞme que le Reich s’effondrait.
Ces sous-marins cachĂ©s, sabordĂ©s ou capturĂ©s incarnent les ultimes soubresauts d’un rĂ©gime aux abois. Leurs Ă©paves rouillĂ©es au fond de l’ocĂ©an et leurs coques prĂ©servĂ©es dans les musĂ©es murmurent la mĂŞme leçon : aucun secret de guerre, aussi bien gardĂ© soit-il, ne reste enterrĂ© Ă©ternellement.
