Le culte du corps à tout prix : dix destins brisés par les dérives du bodybuilding
Une enquête glaçante révèle les conséquences tragiques de la quête effrénée de la masse musculaire, où l’usage de substances interdites conduit à la mutilation, l’emprisonnement ou la mort. Derrière les physiques surhumains se cachent des vies sacrifiées sur l’autel de l’apparence.
Romario Dos Santos, un Brésilien de 25 ans, a frôlé l’amputation des deux bras. Son obsession pour ressembler à Hulk l’a conduit à s’injecter pendant trois ans un mélange dangereux d’huile et d’alcool, le Synthol, directement dans les biceps. Des bactéries ont commencé à dévorer ses muscles de l’intérieur. Les chirurgiens ont dû procéder à l’ablation des tissus infectés, le sauvant in extremis de l’handicap permanent. Il a depuis repris la musculation, mais sans produits dopants.
Gordon Kimbrough a quant à lui vu sa vie basculer dans un accès de rage incontrôlable, un effet secondaire notoire des stéroïdes. Lorsque sa fiancée a annoncé vouloir le quitter, le culturiste l’a poignardée à mort. Il purge désormais une peine de 27 années de prison pour ce crime passionnel attribué à l’emprise des produits chimiques sur son mental.
Le monde du bodybuilding féminin n’est pas épargné. Terry Harris, bodybuildeuse prometteuse, est morte subitement d’une crise cardiaque dans un gymnase de Dallas. Son décès est survenu seulement 48 heures après une compétition éprouvante, mettant en lumière les risques cardiaques extrêmes liés au dopage, quel que soit le genre.
Dans un terrible paradoxe, Naser El-Sombati est décédé à 47 ans des suites de sa consommation de stéroïdes. Pourtant, cette figure engagée donnait régulièrement des conférences pour alerter les jeunes sur les dangers de ces substances. Son discours de prévention contrastait tragiquement avec sa pratique personnelle, menant à une issue fatale.
Andreas Münzer est devenu un cas d’école médical. Célèbre pour son taux de graisse corporelle extrêmement bas, il consommait un cocktail dévastateur de stéroïdes, d’hormones de croissance, d’insuline et de diurétiques. Son foie était couvert de tumeurs, son cœur pesait le double de la normale. Il est mort en 1996 d’une hémorragie abdominale foudroyante, son autopsie laissant les médecins stupéfaits.

La violence induite par les produits a aussi frappé le couple formé par Sue McNill et son mari, tous deux bodybuilders. Le 14 février 1995, Sue McNill a abattu son époux de deux balles, plaidant la légitime défense face à des violences conjugales exacerbées par la prise de stéroïdes. Elle a été condamnée à 19 ans de prison, héritant du surnom sinistre de “S. la Tueuse”.
Aziz Shavershian, star australienne connue sous le pseudo “Zyzz”, semblait incarner la réussite. Parti d’une morphologie très fine, il était devenu une icône des réseaux sociaux. Mais sa transformation était alimentée par des produits dangereux. Son cœur a soudainement cessé de battre alors qu’il n’avait que 22 ans, laissant une communauté de fans sous le choc.
Au Brésil, la pratique dangereuse des injections de Synthol pour augmenter le volume musculaire localement a fait d’Arlindo de Souza une curiosité nationale. Surnommé “Popeye” pour ses bras démesurés, il a finalement arrêté les injections tout en avouant lutter contre l’envie permanente de recommencer, démontrant la puissance addictive de ces méthodes.
Greg Plitt, mannequin et acteur renommé, a poussé le culte de la performance et de l’invincibilité jusqu’au drame. Sous l’emprise probable d’une confiance surhumaine induite par les stéroïdes, il a tenté en 2015 de courir plus vite qu’un train pour un tournage. Il a été percuté et tué sur le coup à l’âge de 37 ans.
Enfin, le cas de Candice Armstrong illustre les transformations physiques irréversibles chez les femmes. L’usage intensif de stéroïdes a provoqué chez elle une virilisation extrême : pilosité faciale, mue de la voix, disparition des seins et développement d’un organe génital masculin. Malgré ces changements profonds et les discriminations subies, elle déclare ne pas pouvoir ni vouloir arrêter.
Ces dix histoires, parmi tant d’autres, dressent un tableau alarmant des dérives d’un sport où la frontière entre la discipline et l’autodestruction est trop souvent franchie. Elles soulèvent des questions cruciales sur la régulation, la prévention et les pressions psychologiques subies par les athlètes, professionnels ou amateurs, dans leur quête d’un idéal souvent inatteignable sans mettre en péril leur santé et leur vie.
