Pyongyang, Corée du Nord – Dans l’ombre hermétique du régime le plus secret du globe, la population nord-coréenne évolue sous le joug d’un système de contrôle totalitaire dont les règles défient toute conception de la liberté individuelle. Des décrets, dignes des dystopies les plus sombres, régissent chaque souffle de la vie quotidienne, de la naissance à la mort, sous la menace permanente de châtiments collectifs et de disparitions.

L’une des pierres angulaires de ce système est le principe de la culpabilité par association sur trois générations. Un nourrisson peut être déclaré ennemi de l’État dès sa naissance si un de ses aïeux a été condamné pour trahison, héritant ainsi d’un statut social inférieur et condamné à une existence de privations. Ce mécanisme vise à éradiquer toute velléité de rébellion dans le sang familial.
Le calendrier même des citoyens est ponctué d’interdits absurdes. Entre le 17 et le 27 décembre, à Pyongyang, rire, consommer de l’alcool ou faire des achats est strictement prohibé pour marquer l’anniversaire de la mort de Kim Jong-il. Toute infraction signalée pourrait mener à une arrestation et une disparition sans retour.

L’apparence physique n’échappe pas à ce carcan. Une liste officielle de coiffures autorisées est imposée à la population. Porter des jeans, des vêtements flashy, des lunettes de soleil ou même une robe de mariée blanche est interdit, ces articles étant perçus comme des symboles de la décadence occidentale. La peine pour de tels délits peut atteindre cinq ans de camp de travail.

La répression culturelle et idéologique est totale. Regarder un film sud-coréen ou hollywoodien, écouter de la musique autre que les hymnes au régime, ou posséder du contenu étranger sur une clé USB sont des crimes graves. Les contrevenants risquent la déportation dans des camps pénitentiaires avec leurs familles.
Même les loisirs sont sous haute surveillance. Posséder un vélo nécessite un permis, une plaque d’immatriculation et la réussite à un examen. Le basket-ball, sport favori des dirigeants, suit des règles modifiées, où un dunk vaut trois points et un tir réussi dans les dernières secondes rapporte huit points d’un coup.
L’isolement informationnel est scellé par un intranet national strictement contrôlé, coupé du World Wide Web. La télévision et la radio ne diffusent que la propagande d’État, et les postes sont modifiés pour bloquer tout signal étranger. Changer de chaîne est une infraction.
La mobilité interne est elle aussi entravée. Un permis de voyage est obligatoire pour se déplacer d’une ville à l’autre, et quitter le pays est un rêve inaccessible pour la quasi-totalité des citoyens. Les passeports sont réservés à l’élite fidèle au régime.

Chaque quartier est quadrillé par des agents chargés de surveiller et de dénoncer le moindre écart. Les séances d’autocritique hebdomadaires obligent les individus à confesser publiquement leurs fautes, comme ne pas avoir assez loué le dirigeant, sous le regard de leurs voisins.
Le système de caste « Songbun » classe chaque famille dès la naissance en trois catégories – loyale, vacillante ou hostile – en fonction des antécédents politiques de leurs ancêtres. Ce classement détermine l’accès au travail, au logement, à la nourriture et à l’éducation, verrouillant toute ascension sociale.
Les rituels de dévotion sont obligatoires. Pleurer lors de la mort d’un dirigeant, afficher et épousseter soigneusement les portraits des anciens leaders Kim Il-sung et Kim Jong-il dans chaque foyer font partie des devoirs civiques. Un manquement est une marque de déloyauté.
Les élections, où un seul nom figure sur le bulletin, sont un test de fidélité. Le vote est obligatoire et s’abstenir équivaut à une trahison. L’Assemblée suprême du peuple n’a qu’un rôle d’approbation automatique des décisions du dirigeant suprême, Kim Jong-un.
Ce système de terreur et de contrôle absolu, documenté par les témoignages de rares transfuges et par des images clandestines, persiste dans un isolement renforcé par les sanctions internationales. Le régime, paranoïaque, craint par-dessus tout que tout contact avec le monde extérieur ne provoque son effondrement.