Une découverte macabre au cœur de la Vallée des Ris vient de réécrire l’un des chapitres les plus tumultueux de l’Égypte ancienne. L’examen minutieux des restes de la mystérieuse tombe KV55 révèle un acte de vengeance post-mortem d’une violence inouïe, ciblant probablement le pharaon hérétique Akhénaton lui-même.
Les scientifiques, ayant procédé à de nouvelles analyses médico-légales et génétiques, confirment que la momie masculine au crâne partiellement écrasé et au visage arraché est bien celle du roi révolutionnaire. Cette identification met fin à plus d’un siècle de débats acharnés mais ouvre des questions plus sombres sur la fureur qui s’est abattue sur sa dépouille.
L’état du corps est un témoignage silencieux d’une haine durable. Au-delà de la décomposition naturelle, les chercheurs ont identifié des traumatismes intentionnels. Un large pectoral en or en forme de vautour, bijou royal par excellence, avait été tordu et forcé autour du crâne comme une couronne dérisoire.
Les scans CT et les tests ADN ont été décisifs. L’étude génétique place l’individu de KV55 comme le fils d’Amenhotep III et de la reine Tiyi, et le père biologique de Toutânkhamon. Le profil correspond parfaitement à la place d’Akhénaton dans l’arbre dynastique.
Les analyses médicales infirment aussi les anciennes théories sur son apparence. Loin des syndromes rares évoqués, le squelette est celui d’un homme mince présentant une scoliose, une fente palatine et d’autres affections probablement héréditaires. Son art radical était donc un choix stylistique, non un portrait littéral.

La tombe KV55, exhumée en 1907 par Theodore Davis, n’a jamais été une sépulture ordinaire. Dès l’origine, les archéologues ont découvert une chambre au caractère précipité et violé, ressemblant à un débarras après un saccage. Le lieu semblait être un dépôt funéraire de fortune.
À l’intérieur, un chaos éloquent : un sanctuaire doré dédié à la reine Tiyi, mais où le nom de son fils Akhénaton avait été soigneusement martelé ; des vases canopes réutilisés, portant les traces d’une réaffectation hâtive ; des briques magiques invoquant le nom d’Akhénaton sous sa forme osirienne.
Le cercueil lui-même, de style féminin modifié par l’ajout d’une fausse barbe royale, avait été systématiquement mutilé. Les cartouches nominatifs étaient tailladés, et le masque d’or avait été arraché, effaçant à jamais les traits du défunt. C’était une damnatio memoriae appliquée avec une fureur particulière.

Cette profanation ne s’est pas produite au hasard. Elle s’inscrit dans le violent rejet qui suivit la mort d’Akhénaton. Le pharaon avait tourné le dos aux dieux traditionnels, imposé le culte unique d’Aton, et transféré la capitale à Amarna, jurant d’y être enterré.
Son grand projet funéraire, la tombe royale d’Amarna, fut abandonné après la restauration des anciens cultes. Les décennies suivantes virent la démolition systématique de sa ville et le recyclage de ses monuments. Le transfert de sa momie vers la Vallée des Rois fut probablement un geste de contrôle, non d’honneur.
Les égyptologues reconstituent ainsi le scénario : après l’abandon d’Amarna, une équipe récupéra à la hâte les restes royaux. Akhénaton, certains de ses proches et un assemblage hétéroclite de mobilier funéraire furent entassés dans KV55, une tombe secondaire et inachevée près de Thèbes.

Mais la haine le poursuivit au-delà du simple transfert. Bien après son enterrement thébain, des pilleurs ou des agents d’une campagne officielle de persécution pénétrèrent dans KV55. Leur objectif était clair : détruire physiquement et symboliquement le roi hérétique, brisant son crâne et déchirant son identité.
Cette découverte transforme KV55 d’une énigme archéologique en une preuve tangible des conflits religieux et politiques qui déchirèrent l’Égypte. Elle montre comment la mémoire d’un pharaon peut être traquée jusque dans la mort, son corps devenant le champ de bataille ultime pour le contrôle de l’histoire.
Le travail des scientifiques, alliant la pointe de la technologie génétique à l’analyse contextuelle minutieuse, a permis de rendre une identité à cette victime royale. Il offre une fenêtre glaçante sur les passions humaines que les murs des tombes étaient censés apaiser pour l’éternité.
L’histoire d’Akhénaton, de sa révolution religieuse avortée à la violation de sa tombe, reste l’une des plus dramatiques de l’antiquité. La momie de KV55, enfin identifiée, en est le témoin ultime et tragique, son crâne brisé portant à jamais la marque de ceux qui voulurent l’effacer du monde.
